BERR ISAAC BERR de Turique (1744-1828)
[45 ans en 1789]

Né à Nancy, il était le fils d’un « juif de cour » polonais : son père Isaac Berr avait été nommé syndic des Juifs de Lorraine par le roi Stanislas de Pologne. Il lui succéda dans cette charge. Possesseur d’une manufacture de tabac et d’une banque, richissime et philanthrope à la mode des Lumières, il s’engagea fortement, dès les débuts de la révolution, en faveur des droits de sa communauté. En 1789, il fit partie du groupe de six « juifs allemands de Lorraine » qui se rendirent à Paris. C’est lui qui le 14 octobre conduisit à l’Assemblée leur députation venue demander protection pour les juifs de leur département victimes de pogroms. Il prononça à cette occasion un discours qui fit grande impression, et la députation fut admise aux honneurs de la séance, ce qui était une première digne d’être notée. La présence de juifs orthodoxes, en caftan et le chapeau sur la tête, assis aux côtés des députés de la nation suscita des remous, mais la noblesse et la forte personnalité de Berr Isaac Berr subjugua tout le monde.

Il prit partie dans le combat pour la citoyenneté des juifs allemands. En 1790, il traduisit en français l’ouvrage de Wessely, Instructions salutaires adressées aux communautés juives de l’Empire de Joseph II. Il rédigea de nombreuses lettre de défense des Juifs, où il s’appliquait à démontrer la valeur universelle de la Loi mosaïque et polémiquait contre les catholiques anti-juifs, au sujet notamment de la valeur morale du Talmud.

Néanmoins, face aux difficultés rencontrées, il finit par se décourager, au point de publier une brochure préconisant la renonciation des juifs aux droits politiques. Heureusement, il se reprit rapidement et lorsque la citoyenneté fut acquise, il fut un des premiers à la promouvoir parmi les juifs de Lorraine, exhortant ses coreligionnaires à prêter en corps le serment civique et à ne voir aucune contradiction entre leur religion et leurs droits et devoirs de citoyens et à revendiquer pleinement ces derniers : il n’hésitait pas à affirmer que « les juifs devaient quitter cet esprit de corps ou de communauté pour toutes les parties civiles et politiques, non inhérentes à leurs lois spirituelles ». En même temps, il commençait de jeter les bases d’une organisation nouvelle du judaïsme désormais français [1].

Élu en 1792 au conseil municipal de Nancy, il ne cessa plus dès lors de prendre part à la vie politique française. En 1806, il fit partie du Conseil des Notables juifs convoqué par Napoléon, puis du Sanhédrin. Il rédigea à cette occasion des Réflexions sur la régénération complète des Juifs en France, où il se montrait favorable à une réforme, modérée mais réelle, des institutions juives.


[1] Sa Lettre d’un citoyen membre de la ci-devant communauté des Juifs de Lorraine à ses confrères, à l’occasion du droit de citoyen actif, rendu aux Juifs par le décret du 28 septembre 1791, est un des premiers grands textes théoriques sur la question.



Notice écrite par Claudine Cavalier
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© Philippe Royet 1996-2007
Notes et Archives 1789-1794